Le burn-out n’est plus un sujet périphérique. Lors de la Table des CEO’s organisée au Château du Val Saint-Lambert à Liège, en association avec SOS Burn-out Belgique et Wilink Insurance, un constat s’est imposé : la performance économique durable passe désormais par une gouvernance qui place le bien-être au cœur de la stratégie.
Burn-out : un enjeu économique et sociétal majeur
Les chiffres sont sans appel : près d’un travailleur sur six en Belgique présente un risque élevé de burn-out. Les arrêts de longue durée pour raisons psychiques explosent. Derrière ces statistiques, c’est tout un modèle économique qui vacille : absentéisme, perte de productivité, coûts croissants pour la sécurité sociale et les assurances.
Comme l’a rappelé Émilie Delterrière (AViQ), « la santé mentale au travail n’est pas une tendance passagère. C’est un levier stratégique, indissociable de la performance économique et de la cohésion sociale ».
Le regard des dirigeants
Laurent Louyet (Louyet Group)
Élu manager francophone de l’année 2024, il a connu une croissance fulgurante, passant de 20 à plus de 1 400 collaborateurs. Sa clé : recruter sur le savoir-être avant la performance et maintenir une culture commune malgré les acquisitions.
« La performance passe par l’écoute et l’attention. Il n’y a pas de règles magiques, mais un leadership situationnel et une oreille attentive. »
Céline Dupont (AXA Belgique)
Elle insiste : l’assurance ne peut plus se limiter à couvrir les dégâts. Sans prévention ni réintégration durable, les coûts deviennent intenables. Elle résume la clé du bien-être en trois mots :
- Sens : comprendre pourquoi on travaille.
- Autonomie : pouvoir agir dans son rôle.
- Maîtrise : disposer des compétences pour réussir.
Lisiane Delanaye (SOS Burn-out)
Elle a rappelé les idées reçues les plus dangereuses : non, le burn-out n’est pas une faiblesse ; il touche souvent les collaborateurs les plus engagés. La prévention passe par la flexibilité, l’autonomie et une reconnaissance adaptée à chacun.
« Ceux qui tombent en burn-out, ce sont souvent les travailleurs que tout le monde aimerait avoir dans son équipe. »
Jonathan Martiat (Flowlysis)
Pour lui, investir dans le capital humain n’est pas un coût mais une condition de performance. Il recommande aux dirigeants de pratiquer le “terrain sans filtre” : aller seul rencontrer les équipes, écouter, observer, et reconnecter chaque département à la mission de l’entreprise.
« Plus vous investissez dans vos équipes, plus votre business en bénéficie. C’est une relation de cause à effet. »
Les leviers identifiés
De cette table ronde, plusieurs leviers concrets émergent :
- Prévenir avant de guérir : instaurer des dispositifs de détection précoce et de soutien psychologique.
- Recruter et gérer par les valeurs : le savoir-être comme critère premier.
- Donner du sens et de la clarté : relier chaque mission à la raison d’être de l’entreprise.
- Encourager l’autonomie : adapter les horaires, favoriser la flexibilité, réduire le micro-contrôle.
- Valoriser la reconnaissance : adaptée à chaque collaborateur, elle reste le moteur principal d’engagement.
- Pratiquer le leadership de terrain : être présent, observer, écouter sans filtre.
Conclusion : relier performance et humain
Cette rencontre l’a montré : les initiatives existent, mais elles doivent être reliées et incarnées. Relier les actions de prévention, relier les valeurs à la réalité du terrain, relier les collaborateurs entre eux.
La gouvernance de demain ne sera pas seulement financière : elle sera humaine, transversale et durable.
Et c’est en plaçant l’humain au cœur que les entreprises assureront leur pérennité économique.
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