“Patrons sous pression” : quand la parole fait respirer
Dans le monde entrepreneurial, on prépare tout : les prévisions de croissance, les levées de fonds, les recrutements, les investissements. On se forme à la gestion de crise, à la stratégie commerciale, au leadership. Et pourtant, il reste un angle mort. Un sujet encore trop souvent tabou : la vulnérabilité du dirigeant.
Au Cercle, nous avons choisi d’ouvrir le débat en collaboration avec Bforb et le groupe CESI. Lors de notre conférence "Patron sous pression : les risques invisibles", des entrepreneurs, des conjoints, des experts et des professionnels de la santé mentale ont partagé leurs expériences et leurs réflexions. Avec un objectif commun : briser le silence et apprendre à anticiper.
Pourquoi faut-il parler de prévention ?
Parce que les chiffres sont clairs :
- 2 dirigeants sur 3 connaîtront un jour un "accident de vie ou de santé" (burn-out, maladie, deuil, rupture…).
- 75 % d’entre eux continuent pourtant à travailler, sans demander de soutien ni activer de relais.
- Dans la grande majorité des cas, aucun plan de continuité n’a été prévu.
Et pourtant, quand le dirigeant vacille, c’est l’ensemble de l’entreprise qui peut chanceler : équipes, clients, partenaires, projets… toute l’écosystème est impacté.
Que peut-on mettre en place pour anticiper ?
Voici quelques pistes concrètes partagées lors de la conférence :
1. Se poser les bonnes questions à temps
À quand remonte la dernière fois où vous avez évalué votre propre capacité à "tenir" ? Avez-vous envisagé un scénario dans lequel vous seriez temporairement ou durablement indisponible ?
L’anticipation commence par la lucidité. Non, cela n’arrive pas qu’aux autres.
2. Construire un plan de continuité
Même dans une PME, il est possible de formaliser :
- un backup opérationnel (qui fait quoi si je ne suis pas là ?)
- une dataroom avec les accès, process clés, contacts de confiance
- un mandat extrajudiciaire (qui peut légalement signer en mon absence ?)
Ces outils, simples à mettre en œuvre, peuvent faire une énorme différence au moment critique.
3. Savoir s’entourer
Un entrepreneur ne doit pas être seul. Associés, conseillers, mentors, partenaires juridiques, experts de la santé… Il est essentiel de créer autour de soi un cercle de vigilance et de confiance. Un cercle qui ose alerter. Un cercle qui comprend le langage entrepreneurial.
4. Préserver sa santé mentale
Le dirigeant porte beaucoup. Parfois trop. Le stress chronique, l’hyperactivité, la solitude décisionnelle peuvent avoir un impact considérable.
Oser ralentir, consulter, déléguer… ce ne sont pas des faiblesses, mais des actes de responsabilité.
5. Inclure la prévention dans sa stratégie d’entreprise
Pourquoi ne pas intégrer la notion de bien-être du dirigeant dans le business plan ? Pourquoi ne pas prévoir un budget dédié à la santé mentale (coaching, téléconsultation, formation à la résilience…) ?
La pérennité d’une entreprise ne dépend pas uniquement de ses produits ou de ses chiffres. Elle dépend aussi de la capacité de son leadership à durer.
Ce qu’il faut retenir
👉 Un chef d’entreprise n’est pas un super-héros.
👉 Parler de ses fragilités, c’est aussi faire preuve de courage.
👉 Prévoir l’imprévisible, c’est faire preuve de lucidité stratégique.
La santé du dirigeant, c’est la santé de l’entreprise.
Nous remercions nos partenaires BforB et le groupe CESI, ainsi que Michaël Labro, Aurore Balsan, Catherine Antonachio, Catherine Choque et Bruno Wattenbergh.