Dans le cadre d’un déjeuner-conférence, les membres ont eu le privilège d’entendre Philippe de Selliers, CEO de Leonidas. Une intervention sans artifice, mais profondément inspirante.
Pas de "storytelling à l’américaine", pas de slides tape-à-l'œil. À la place ? De l’écoute, de l’humilité, du pragmatisme… et une vision claire. Celle d’un dirigeant qui transforme une marque centenaire en entreprise moderne, humaine et résiliente. À sa façon.
Redonner une âme à une institution centenaire
Leonidas, c’est plus de 110 ans d’histoire. Une marque patrimoniale, profondément ancrée dans le quotidien des Belges, et bien au-delà : 1 200 points de vente dans 40 pays, plus de 10 000 personnes qui vivent directement ou indirectement grâce à l’entreprise.
Mais en 2017, lorsque Philippe de Selliers en prend la tête, l’entreprise est fragilisée. Sept CEO se sont succédé en quinze ans. Résultat : instabilité, perte de vision, équipes déboussolées.
Son premier réflexe ? Écouter.
Pendant un mois, il rencontre une centaine de collaborateurs en tête-à-tête. Pas pour imposer un cap venu d’en haut, mais pour comprendre. Pour capter l’ADN. Pour identifier les blocages.
"Les gens ont toujours les solutions en eux. Il faut juste les écouter."
Ce qu’il entend, c’est le besoin d’un fil rouge, d’une direction claire. C’est ce qui l’amène à mettre en place la fameuse pyramide Leonidas.
Une pyramide simple, mais puissante : Mission. Valeurs. Vision.
"Toutes les entreprises ont une mission et des valeurs. Mais très peu les font vivre."
Chez Leonidas, la mission est désormais connue de tous, du cadre au technicien :
"Créer des moments de bonheur pour tous."
Cette mission irrigue tout : les vitrines, la publicité, les packagings, l’expérience client… et jusqu’au choix des fournisseurs. Même une hausse de prix est évaluée à l’aune de cette mission.
"Comment peut-on parler de bonheur si le chocolat devient inaccessible pour une partie de la population ?"
C’est pourquoi Leonidas a refusé d’augmenter ses prix lors de la guerre en Ukraine et de la flambée énergétique. Un pari risqué ? Oui. Mais gagnant, grâce à une augmentation des volumes et de la fidélité client.
La mission devient ainsi une boussole stratégique. Elle aide à dire oui à certaines initiatives… mais surtout à dire non à celles qui n’entrent pas dans ce cadre. Pas de gaufres chez Leonidas. Pas de chocolat entre deux rayons de supermarché. "On ne vend pas du chocolat, on vend un moment. Et cela mérite un écrin."
Un leadership de l’écoute, pas de l’ego
Le style de Philippe de Selliers tranche avec les archétypes du dirigeant charismatique tout-puissant. Il préfère se définir comme un chef d’orchestre.
"Je ne joue pas tous les instruments. Mon job, c’est de faire en sorte qu’ils résonnent ensemble."
Il ne croit pas aux plans rédigés dans des tours d’ivoire. Il croit aux idées qui naissent dans les ateliers, dans les entretiens informels, dans les conversations du quotidien.
C’est pour cela qu’il se rend chaque semaine en usine, sans exception. Parce que l’inspiration ne se décrète pas. Elle s’écoute.
Autre conviction forte : il ne faut pas chercher à corriger les défauts des gens.
"Je préfère investir mon énergie à renforcer les forces. C’est comme ça qu’on rend les équipes excellentes, et pas juste « pas mauvaises »."
Résultat : une culture d’entreprise saine, tournée vers le collectif, où la bienveillance ne rime pas avec complaisance. En huit ans, il a pris des décisions difficiles, parfois douloureuses, mais toujours dans le respect d’une vision claire.
La durabilité : une trajectoire cohérente, pas une posture
Quand il parle de RSE, Philippe de Selliers se veut direct :
"Celui qui dit qu’il est 100% durable aujourd’hui… ment. La durabilité est un trajet, pas une destination."
Chez Leonidas, la transformation est en cours. En 2021, l’entreprise est passée à 100% de chocolat certifié durable. Un pas important. Mais insuffisant.
"On ne peut pas offrir du bonheur au consommateur si les producteurs, les franchisés, les collaborateurs ne sont pas eux-mêmes dans une dynamique positive. Toute la chaîne doit gagner."
Cela commence par la stabilité des équipes : créer un environnement de travail où chacun peut se projeter, après des années d’incertitude.
Cela continue avec les franchisés, soutenus activement, écoutés, encouragés.
Et cela va jusqu’aux producteurs de cacao, avec lesquels il a pris le temps de se rendre sur le terrain, en Côte d’Ivoire. Une démarche rare.
Des résultats qui valident la vision
Contrairement à d’autres discours où les belles intentions ne s’accompagnent pas de chiffres, ici les résultats parlent :
- +45% de chiffre d’affaires net en cinq ans
- Une croissance des parts de marché (notamment sur les petits œufs, passés de 7% à 11%)
- Une équipe stabilisée, fière, passionnée (certains collaborateurs sont là depuis plus de 30 ans)
Et ce n’est pas fini. En 2025, Leonidas ouvrira sa nouvelle usine, plus moderne, plus efficace, mais aussi plus pédagogique. L’ambition ? En faire un lieu de visite pour les écoles, pour les franchisés, pour les consommateurs. Créer une expérience immersive autour du chocolat, un moment de transmission autant que de plaisir.
Ce que les décideurs peuvent en retenir
L’intervention de Philippe de Selliers n’était pas seulement une plongée dans le monde du chocolat. C’était une masterclass de leadership.
Voici les grandes leçons à retenir :
- Écouter avant d’agir. Les collaborateurs ont souvent déjà les bonnes réponses.
- Clarifier et incarner une mission. Une mission, ce n’est pas une phrase sur un site. C’est un filtre décisionnel quotidien.
- Favoriser la stabilité pour libérer la créativité.
- Ne pas céder à la facilité économique. Faire les bons choix, pas toujours les plus simples.
- Penser filière, pas silo. Si l’un des maillons souffre, c’est l’ensemble qui est fragilisé.
En conclusion : un leadership qui a du goût
À une époque où le mot "sens" est sur toutes les lèvres, Philippe de Selliers nous a rappelé que cela ne se décrète pas. Cela se construit. Au contact des équipes. Dans les choix quotidiens. Dans la cohérence des actes.
Et si finalement, la meilleure preuve de leadership, c’était de créer… du bonheur ?