800 couverts par jour. Deux cuisiniers. Deux serveurs. Trois restaurants. Un atelier de production. Une école de pâte artisanale.
Et derrière tout ça : un entrepreneur qui n’a pas eu peur de tout remettre à zéro
Guillaume Gersdorff a grandi dans les cuisines familiales. Formé à l’école hôtelière Ter Duinen, il affine son art chez les plus grands : au Bristol à Paris chez Éric Frechon, chez Jean-François Piège, à Barcelone, à New York.
Mais après neuf années dans l’univers exigeant de la haute gastronomie, il revient en Belgique avec une idée en tête : Et si on construisait enfin un modèle qui fonctionne dans la vraie vie ?
Pas un restaurant de plus mais un système pensé pour durer, pas pour briller.
Lors de notre visite à La Rue de Demain, à Namur, il nous a ouvert les coulisses de cette entreprise pensée autrement.
Ce n'est pas une solution miracle, dit-il, mais le fruit d’un vrai travail de fond sur la manière de créer, de produire, de servir, de fidéliser… et surtout de durer.
Le vrai coût du modèle horeca classique
Avant le Covid, son restaurant tournait avec 14 équivalents temps plein : brigade en cuisine, service en salle, horaires avec coupures, gestion à flux tendu.
Puis la crise a frappé. Les équipes sont parties. Le système s’est effondré.
Mais plutôt que de reconstruire à l’identique, Guillaume a posé une question simple :
“Et si on faisait autrement ?”
Production centralisée, service allégé : le virage stratégique
C’est là qu’il prend une longueur d’avance. Guillaume a transformé son organisation en profondeur :
- Une cuisine de production, active dès 9h, qui prépare tous les plats, sauces, bases, portions.
- Une cuisine d’envoi, qui entre en scène à midi, sans mise en place, pour finaliser et servir à partir de produits portionnés et prêts à l’emploi.
- Un système de commande via QR code : 72 % des clients commandent sans contact, réduisant considérablement les besoins en personnel de salle.
Résultat : le même volume de couverts, mais avec 4 personnes à temps plein. Et des équipes qui rentrent chez elles le soir, à horaires fixes.
Un modèle plus humain. Et plus durable.
Loin d’être une logique de réduction, c’est une logique de régénération.
Cette organisation permet aux équipes de rester dans le métier sans y laisser leur santé : elles travaillent à horaires fixes, sans coupure, dans un cadre de vie respecté.
Le turnover baisse. La qualité reste.
Et les clients sont servis plus vite, dans un cadre plus fluide.
“Je voulais prouver qu’on pouvait faire de la très bonne cuisine, artisanale, avec un cadre de vie respectueux. Et c’est possible.
Mais pour ça, il faut penser comme un entrepreneur, pas juste comme un restaurateur.”
L’abonnement : la dernière brique du modèle
Pour stabiliser encore davantage son activité, Guillaume a lancé ce que personne n’avait tenté avant lui : le premier abonnement horeca de Belgique. Et il a même déposé un brevet pour son système d’achat d’abonnement.
Le principe :
- 29,99€/mois = 2 plats + 2 boissons
- Formule flexible, partageable, sans réservation
Mais au-delà du tarif, c’est la logique de revenu récurrent et la fidélisation intelligente qui font la force du modèle, tout en rendant l’accès au restaurant plus accessible pour celles et ceux qui en ont perdu l’habitude.
Il le dit lui-même :
“Si demain j’ai 1000 abonnés à Bruxelles, j’ouvre un nouveau restaurant avant même d’avoir trouvé le local.”
Ce qu’on retient
Guillaume Gersdorff ne court pas après les étoiles.
Il construit une entreprise avec une vision claire, une obsession pour l’efficience, et un attachement profond à l’artisanat.
Il ne parle pas d’expérience client. Il parle de système.
Il ne cherche pas l’image. Il cherche la régularité.
Il ne vend pas du rêve. Il livre une mécanique.
Et c’est exactement ce qui en fait un cas d’école pour les dirigeants, bien au-delà de l’horeca.
Ce que vous devez retenir
Quand les règles du jeu changent, le vrai enjeu n’est pas de s’adapter.
C’est d’oser tout redessiner.
Ce type de visite, où l’on accède aux coulisses d’un modèle innovant, fait partie des expériences réservées à nos membres.
Parce qu’au Cercle de Wallonie-Bruxelles, on ne se contente pas d’en parler : on va voir, on échange, on comprend.
Et c’est là que naissent les vraies idées.
Envie d’en faire partie, vous aussi ?