Lors d’un entretien exclusif mené par Amid Faljaoui, Philippe Steveny, directeur du Groupe Steveny, s’est livré avec franchise sur les coulisses d’un secteur en pleine mutation.
Entre course aux volumes, transition électrique et importance capitale du facteur humain, découvrez comment cette entreprise familiale s'est imposée comme un leader incontournable de la mobilité en Wallonie.
Une trajectoire fulgurante « bien dans ses pantoufles »
Fondée en 1970 dans un contexte familial, l’entreprise a été reprise par Philippe Steveny dans des conditions particulièrement difficiles à la suite du décès de son père. Aujourd'hui, le paysage a radicalement changé : le Groupe Steveny affiche un chiffre d'affaires impressionnant de près de 700 millions d'euros et emploie plus de 900 collaborateurs.
Avec 105 « points d'entrée » (à ne pas confondre avec de simples concessions traditionnelles), le groupe s'est considérablement densifié. Historiquement lié aux marques Ford (leader sur le marché des utilitaires) et Kia (qui a propulsé la croissance du groupe grâce à ses 7 ans de garantie), le réseau s'est massivement étendu en 2023. Le groupe a en effet intégré les marques du portefeuille D'Ieteren : Audi, Volkswagen, Skoda, Cupra et Seat.
Face à l'arrivée massive de grands groupes étrangers (notamment suédois et hollandais), Philippe Steveny assume un choix stratégique fort et local :
« J'ai décidé plutôt de rester en Wallonie et d'être très fort en Wallonie. Être bien dans ses pantoufles, c'est mieux que d'être dans les chaussures des autres. »
À l’exception d'une présence en bordure de Bruxelles et d'une incursion réussie au Luxembourg, l'ancrage wallon reste le cœur battant de l'entreprise.
Le volume comme bouclier face aux marges faibles
Dans la distribution automobile, la réalité financière est brute : les marges moyennes sont extrêmement faibles, oscillant entre 2 % et 3 %. Comment s'en sortir ? La réponse tient en deux mots : croissance et optimisation.
Pour faire face aux exigences des importateurs et constructeurs, la taille critique est devenue une nécessité absolue pour réaliser des économies d’échelle, négocier le stock et le faire tourner efficacement (le groupe vend environ 13 000 véhicules neufs par an).
Cette expansion s'est opérée par des acquisitions opportunistes souvent financées par l'endettement, un défi de taille en période de hausse des taux d'intérêt. L'intégration de ces nouvelles structures passe par l'harmonisation informatique (via un système DMS commun) et le recasement des équipes pour éliminer les doublons.
À quoi sert encore un showroom à l’ère du digital ?
À l’heure où des acteurs comme Tesla misent sur le tout en ligne, la question du maintien des espaces physiques se pose. Pour Philippe Steveny, le showroom reste un point de passage essentiel, mais son rôle a totalement changé :
- Le temps de la réflexion : Il s'écoule en moyenne 17 semaines (un peu plus de 4 mois) entre le moment où un client décide de changer de véhicule et son entrée en concession.
- L'influence de l'entourage : Plus de 50 % du choix final est dicté par la famille et les amis.
- Un rôle de réassurance : Aujourd'hui, un client ne pousse la porte d'un showroom que 1,2 fois en moyenne. Il ne vient plus chercher une information qu'il possède déjà, il vient se rassurer sur son choix et chercher un conseil. Les vendeurs sont devenus des conseillers.
Électricité et mobilité : un marché dicté par la fiscalité
Interrogé sur les facteurs qui bousculent le secteur, le directeur s’est montré très pragmatique. Si le groupe croit en la voiture électrique pour ses qualités routières, son adoption reste entièrement dépendante des décisions gouvernementales.
En Belgique, c'est la fiscalité d'entreprise qui fait la pluie et le beau temps. Le client particulier qui achète de l'électrique reste minoritaire et se compose avant tout de passionnés ou de conducteurs équipés de panneaux photovoltaïques. Face à cet enjeu, le Groupe Steveny anticipe l'avenir de la mobilité en développant un réseau de bornes de recharge en Wallonie avec son partenaire Total, et en se diversifiant dans le secteur du vélo à travers la reprise de la chaîne Bicyclik (11 magasins).
Placer l'humain et la formation au centre de la réussite
Face à la pénurie généralisée de techniciens qualifiés, le Groupe Steveny mise sur une transformation profonde de ses métiers. Avec l'évolution technologique, le profil du mécanicien thermique traditionnel s'efface au profit de profils d'informaticiens et d'experts en connectique.
Pour relever ce défi, le groupe s’appuie sur la Steveny Academy afin de former en continu ses équipes et d’aligner les nouvelles recrues sur les valeurs cardinales de l'entreprise :
- Respect,
- Transparence,
- Engagement,
- Travail d'équipe.
Pour Philippe Steveny, la clé du business de demain ne se résume pas à des chiffres :
« Les entreprises ont grandi avec des tableaux Excel et on ne voyait que le résultat en fin de ligne, il n'y avait plus d'humain. La réussite de demain appartiendra aux entreprises qui vont prendre l'humain à bras-le-corps et respecter cela. Prendre du plaisir, c'est le maître-mot. »
Un mot d'ordre qui guide le groupe dans sa transition réussie de simple concessionnaire automobile vers une véritable entreprise de conseil et de mobilité de proximité.













